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- Comment décrirais-tu ta photographie ?
Denis Olivier: Aux Beaux-Arts, je pensais me spécialiser
dans la 3D hyper-réaliste. Avec la 3D, on
commence par un univers entièrement vide, obscur,
sans éclairage ni point de vue. On fait ce que
l’on veut. Mais sans référence à la réalité dans la
scène, le spectateur est complètement perdu, ou
croira que l’auteur est en plein délire ! Je commençais
à créer des espaces déserts, habités d’eau, de
glace, de neige et de brouillard, de réflexions et réfractions,
une lumière subtile et des ombres douces.
Je trouvais un univers, pas tout à fait le même
que celui de quelqu’un d’autre.
D’une certaine manière, parfois, j’ai l’impression
d’être le seul homme à converser avec le monde,
si proche, l’appareil photo comme interprète. Une
exploration fascinante. Je crois avoir trouvé dans
la photographie le moyen d’expression qui me
convient, une combinaison de vitesse d’exécution,
de voyage, d’exigence technique et de représentation
visuelle. Aussi, si je fais du noir et blanc, ce n’est
pas par daltonisme comme certains le prétendent
(pour se moquer): avec cette représentation statique
du monde, on perd le sens du volume, des
odeurs, du temps, du toucher ou du son. Avec le
N&B, c’est une information «essentielle» de plus
dont on se débarrasse, la couleur. Ainsi, on est plus
proche de la suggestion que de l’affirmation, il y a
plus d’espace pour les sensations et l’imagination,
tout cela dans d’élégantes nuances de gris.
- Ca me fait penser à un rasoir d’Occam utilisé en sens inverse ! Avec des temps d’exposition aussi long,
est-ce que l’on perd le moment, y-a-t’il toujours un «instant décisif» ?
L’instant n’est plus de l’ordre du millième de
seconde, mais englobe une «longue» période, où
le monde change, se transforme. On peut parler
donc de moment décisif, lorsque l’univers façonne
une période rare et difficilement reproductible,
notamment au niveau des conditions climatiques.
Souvent il faut repérer géographiquement, suivre
la météo et se lancer, car, par exemple les bonnes
conditions lunaires ne sont disponibles que quelques
jours par mois, et parfois tard dans la nuit. Ce
moment décisif est donc préparé avec minutie, et
auparavant déjà construit mentalement.
- Il y a un sentiment de solitude dans tes photos ou, en cherchant plus loin, d’absence, y-compris d’un
observateur. Pourtant, il y a une sensation de paix...
Ce qui m’intéresse c’est presque d’occulter la
réalité humaine et technologique (même si elle est
présente derrière pour la réalisation), cette notion
de production, d’implication massive de l’industrie
a un instant T, de gain, de capitalisme exacerbé. On
ne regarde plus rien, nous courons tous, matérialistes,
nous nous protégeons de la nature si hostile,
mais cet arbre perdu, oublié, que voit-il chaque
jour seul, chaque nuit, aucun de nous supporterait
cette distance, isolement et condition de vie (que
nous avons connue il y a sûrement bien longtemps,
pour tant nous effrayer).
Que restera-t-il de tout cela dans une décennie, un
siècle, un millénaire ?
L’univers et la nature n’attendent rien de nous,
nous seuls avons décidé d’essayer de les maîtriser.
Mais le temps passe, inexorablement, il est souvent
symbolisé par ces nuages qui défilent, ces
éléments, comme l’eau, représentés presque dans
un autre état chimique.
Pourtant un autre espace-temps existe, à une autre
échelle, celle de l’univers, celle qui nous gouverne,
nous faisons tout pour l’oublier, mais nous ne sommes
rien, des poussières... et nous auto-détruisons
notre microcosme, avec détermination...
- Tu as été exposé en Malaisie, par Taksu à Kuala Lumpur, qu’est-ce que cela fait d’être exposé si loin
de chez soi ?
Oui durant le mois de la photo en Malaisie. Cela
reste une exposition semblable aux autres dans sa
préparation, sauf que là je n’étais ni à l’accrochage,
ni au vernissage. Il faut donc établir une relation de
confiance avec l’équipe de la galerie. Via l’Internet,
on touche un public beaucoup plus large et très
rapidement, avec des centres d’intérêts communs,
ce qui aurait été beaucoup plus compliqué auparavant.
Ces nouveaux moyens de communications
sont réellement un plus pour les personnes isolées
investies dans des projets singuliers.
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Original link can be found here: WebPhotoMag by Jérôme Muffat-Méridol.
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